Aux sources du pédagogisme
La place de l’enfant au sein de la famille a affecté l’école, devenue elle aussi maternante.
La fonction paternelle, source symbolique de l’autorité, a définitivement disparu. Le père, réduit à son rôle de géniteur, a été amené à devenir une "mère bis". Ce qui le conduit à se lancer avec la mère dans un concours de maternité, toxique pour l'enfant. Les valeurs maternelles, conjointes à un enfant devenu roi, ont envahi les structures de nos sociétés, qui sont devenues maternantes. Plus aucun tarissement du lait maternel, même si celui-ci est servi en boîte et même si maman travaille. La féminisation de la société a contribué à brouiller un peu plus le problème par une surimpression de la femme sur la mère, bien entendu en l'absence de tout symbolisme du masculin et du père... L'enfant doit être un consommateur et rien d'autre. Pas d'altérité et pas d'effort non plus, qui pourraient contrarier son potentiel à consommer. Le besoin infini de l'enfant et la consommation, sont les modèles référant de notre société. Ils soutendent notre système tout entier.
Cette vague déferlante a atteint le système scolaire. Les enseignants sont censés devoir combler le déficit éducationnel, derrière lequel se cache, en réalité, le déficit du père, ils sont invités "à accompagner l’enfant dans la découverte de son savoir", comme la mère et la fonction maternelle l'avait accompagné dans ses premiers besoins et comme si l'enfant avait un génie inné, à la façon de son besoin infini. Il n'est plus question de délivrer un savoir ou d'éduquer! L'enfant est au centre de l'école a la place du savoir, comme il est au centre de la famille à la place de l'éducation. Derrière ce système maternel, ce cache en réalité le consumérisme érigé en système absolu et non dépassable. Le monde de la mère, non dépassé, c'est la satisfaction du besoin materiel, érigé en finalité absolue.
Le résultat est préoccupant. Car, si les milieux cultivés parviennent avec leur progéniture au minimum requis, il n’en va pas de même pour les autres. Le système actuel fabrique tous les ans 60 000 enfants qui finissent leur parcours scolaire avec moins de 400 mots de vocabulaire et qui confondent Napoléon et Louis XIV. Ces jeunes parlent pratiquement par onomatopées et slogans comme les spots publicitaires. Le déficit lexical entraine un déficit analytique. Mais ceux sont surtout les besoins insatisfaits qui se transforment en frustration parce que l'apprentissage de la limite n'a pas été effectué. Toutes ces frustrations se transforment en violence. On a de quoi s’inquiéter.
On comprend maintenant pourquoi le mot éducation n'a plus la cote... Il signifie "conduire hors de", on lui préfère dans les milieux autorisés le mot formation qui est le substantif de " formater". On a compris effectivement le complément circonstanciel.
Eric de Trévarez
Les enfants Tyran
Il est à remarquer que dans le texte qui suivra, les pères ne sont pas mentionnés... Il est toujours fait allusion aux parents...
Les enfants décrits, sont des prototypes du consommateur absolu:
On ne peut rien leur refuser...
Ils exigent ce qu'ils veulent et tout de suite.
Ils tolèrent difficilement la frustation.
Ils font du chantage...
Ces enfants ne sont-ils pas "d'essence matricielle", c'est à dire sans la "castration" nécessaire, dont parle Freud, qui résulte de la confrontation à la vie et à son apprentissage. Il est à noter, pour confirmer ma thèse, et toujours selon Freud, que les filles ne subissent pas la "castration". Il faut croire que la castration est intimement liée au phallus. Le "non" n'est pas "traité", puis vécu de façon similaire par le petit garçon et par la petite fille. Voilà pourquoi lorsque les femmes sont déterminées, elles le sont toujours plus que les hommes, et moins souvent respectueuses de la hiérarchie: globalement et de façon imagée, elles sont "entières"... Une femme dominatrice ne l'est jamais à moitié!
Dans le comportement éthologique, lorsque la femelle est dominante, elle l'est totalement, dans la profondeur même de l'essence...
Nous regrettons qu'aucune recherche conceptuelle ne soit plus faite dans ce champ. Les phénomènes inquiétants que nous observons dans la société actuelle, notament chez les jeunes, devraient normalement amener à une réflexion sur la morphologie des deux sexes et leurs représentations symboliques. Ce que nous appelons "l'évolution" ou "la modernité", ne sont parfois que des raccourcis idéologiques et économiques ...
Eric de Trévarez
http://www.bloghotel.org/auto23652/74587/ http://www.bloghotel.org/auto23652/74580/
Le texte est le suivant:
"Ils exigent ce qu’ils veulent tout de suite, s’opposent, refusent, éclatent en sanglots, se fâchent facilement, tolèrent difficilement la frustration, veulent faire ce qu’ils veulent quand ils le veulent… Mais qui sont ces enfants ROIS dont on parle tant ?
L’utilisation du terme enfant-roi est de plus en plus utilisé. Il fait référence à l’enfant qui a appris que tout pouvait lui être permis. C’est l’enfant qui prend un pouvoir décisionnel qui relève généralement de ses parents. Ex : Il décide de l’heure de son coucher, il décide de se brosser les dents ou non, etc. Habituellement l’enfant s’oppose à toute consigne ou contrainte imposée. Il réussit à négocier une conséquence donnée. Impulsif, il réagit fortement lorsque l’on ne répond pas à ses désirs, il exige que l’on réponde à ses demandes ou besoins immédiatement, il a en horreur l’attente et il a tendance à vouloir toujours avoir raison. "
Pourquoi ?
"De nombreux facteurs peuvent être à la source des enfants rois. Le principal réside cependant dans le cadre disciplinaire établi à la maison. De plus en plus de parents ont peur de brimer leur enfant en imposant un encadrement ferme. Conséquemment, certains pour compenser achètent la paix, d’autres distinguent difficilement la différence entre besoins et caprices."
Que faire?
"C’est à vous en tant que parents de décider des conduites permises ou interdites. Souvenez-vous que l’enfant est en constant apprentissage et que vous êtes leur guide. L’enfant doit apprendre à se faire dire «non» ou à ne pas obtenir tout ce qu’il désire. Il faut lui apprendre à faire des choix tout en le pistant sur ceux-ci. "
( Les conseils suivants, sont surtout révélateurs de l'ignorance, dans laquelle se trouve la société actuelle. Ces conseils feraient probablement sourire un éducateur d'autrefois, par leur bon sens, plein de naiveté... )
L’enfant a besoin de limites claires, cela répond à son besoin de sécurité et lui permet également de connaître ce qu’il peut et/ou doit faire.
Soyez constant et conséquent dans votre discipline.
Faites la distinction entre les besoins et les caprices de l’enfant.
N’ayez pas peur que votre enfant vive des frustrations. Accompagner-le à réagir face à celles-ci.
Évitez d’acheter la paix pour éviter la crise.
Renforcez positivement votre enfant le plus souvent possible lorsqu’il adopte une conduite adéquate."
(Situation inquiétante pour l'avenir, ces enfants sont les adultes de demain. Cependant on ne voit poindre aucune analyse conceptuelle en dehors des lieux communs qui vont et viennent ci et là, comme nos enfants, trop souvent"hyper-actifs", soumis dés le plus jeune âge, aux désirs contradictoires du monde fascinant des marchandises, c'est à dire hystériques!)
Hystérocratie et enfant roi
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Les archétypes de la pensée, depuis la nuit des temps, les valeurs symboliques qu’ils ont véhiculées, et la psychanalyse, ont toujours révélé que le rôle du père, est de freiner puis de canaliser par l’éducation et la loi, le désir de l’enfant. Si la grossesse de la mère est visible, et si son lien avec l’enfant est évident, aussi bien que total, c'est-à-dire fusionnel, en revanche le père et son lien avec l’enfant, relèvent du « verbe » c'est-à-dire de la reconnaissance de son acte sexuel et de sa conséquence, du domaine de la parole et du crédit qu’il accorde à la mère, et à son affirmation qu’il est le père. Le Père est le contrat originel, à la base de toute l’organisation de la société, il est le premier « savoir dire non », et le premier « savoir dire oui », extérieurs à la mère, qui engagent et sans lequel aucun développement n’est possible… Avec le père commence la vie en société et la lente sortie de l’état fusionnel avec la mère. Le père représente la toute première ascèse, nécessaire à l’apprentissage de la « vie ».
Pour ceux qui disent que ce rôle peut être tenu par la mère, car en fait c’est à ce niveau que se situe la grande innovation de la société actuelle, il faudrait revenir sur les archétypes et le rôle du Phallus symbolique en tant qu’élément déterminant. Les déboires de notre système éducatif ne sont, peut-être pas, à chercher ailleurs.
S’il s’avère, comme cela semble être le cas, que ce rôle symbolique ne peut être tenu par la mère, notre système actuel d’éducation est voué à l’échec et son résultat sur toute une génération n’est pas prévisible pour l’instant.…
Comment c’est mis en place le paradigme moderne ? Les féministes pensent qu’il s’agit d’une évolution, fruit de la pensée et de l’analyse, d’un refus d’une hiérarchisation obsolète, source de discrimination.
Cette vision est probablement idéaliste. Ne s’agit-il pas plutôt d’une nécessité d’un système économique qui favorise à outrance la consommation ? Tout désir, dans notre société doit se concrétiser par un acte d’achat ! Il ne s’agit plus d’éduquer le désir, démarche qui a été un formidable moteur de civilisation et de hiérarchisation des valeurs, mais plutôt de laisser libre cours à son expression, car les enfants, et le niveau de conscience et de besoins qui caractérisent cet état, sont un élément déterminant et moteur de la consommation et de tout notre système. L’enfant et l’infantilisation de l’adulte et des foules, sont avec la mère érigée en principe absolu et non dépassable, les trois piliers de la consommation. Savoir dire non au désir peut se révéler couteux en termes de demande en économie marchande. Toute forme d’ascèse est actuellement bannie de l’éducation, le mot étude est lui-même rangé au rayon du ringard en raison de l’effort qu’il suggère. Tout apprentissage se doit d’être ludique parce que le ludique est rentable économiquement et qu’il peut se vendre car sa demande est spontanée, mais surtout, et c’est ce qui doit être noté et souligné, parce qu’il n’éduque pas la volonté….
La société actuelle semble ignorer, dans sa superbe et son mépris des enseignements du passé, que le mot éducation que nous employons, maintenant à tord, signifie « conduire hors de… » . C’est vrai que pour l’heure nous allons tout droit dedans !
Eric de Trevarez
Je propose cet article de Mathieu Ozanam, qui aurait dû s’intituler : « Enfants tyrans, quand les pères capitulent »
"Des petits despotes", "de vrais nazillons". Les propos des enseignants et éducateurs ne font pas dans la nuance. Ils révèlent l'incompréhension et l'impuissance des adultes confrontés chaque jour à des enfants et des adolescents de plus en plus durs. Le thème des enfants-rois est sur tous les rayons des librairies. Mais comment un bambin si mignon peut-il devenir un petit tyran ?
A l'automne 2002, l'essai de Daniel Lindenberg a créé la polémique. Pour l'historien des idées, nous assisterions à un "rappel à l'ordre moral" qui suinterait dans la littérature, les médias et s'infiltrerait dans les esprits, remettant en cause de l'héritage de mai 68. On observe par exemple que les enseignements de la "grande prêtresse" de la psychologie infantile sont relativisés dans les ouvrages qui paraissent sur les enfants-rois. "Est-ce un crime de lèse-majesté que d'affirmer que l'interprétation analytique de Françoise Dolto a participé à certaines confusions pour l'éducation de nos enfants ?" s'interroge ainsi Didier Pleux, psychologue et auteur du livre "De l'enfant roi à l'enfant tyran".
"Depuis cette fameuse phrase "l'enfant est une personne", [les parents] se sont mis à traiter l'enfant comme un adulte en lui demandant tout le temps ce qu'il veut, ce qu'il ne veut pas(*)…oubliant que si l'enfant est bien une personne, il est une "petite personne" qui ne doit pas imposer son mode de vie à la famille !" renchérit la célèbre psychanalyste Christiane Olivier.
(*) Comme notre société de consommation, sonde en permanence les adultes, pour maintenir la demande.
"Sa majesté des couches"
Le débat n'est pas cependant pas aussi nouveau qu'il y paraît. Platon prévenait déjà "(…) lorsque les maîtres tremblent devant leur élèves et préfèrent les flatter (…) alors c'est là en toute beauté et en toute jeunesse, le début de la tyrannie". Certes les moeurs ont évolué et la structure de la famille avec elles. Divorces, remariages, recompositions, l'enfant s'impose de plus en plus comme l'élément fédérateur de la famille quand l'espérance de vie du couple est aléatoire. Les parents culpabilisent et l'enfant devient un enjeu affectif. Il est alors facile pour ce dernier de jouer de cette corde sensible. Dès les premiers mois, le tout-petit cherche à satisfaire son "Moi", les autres n'existent que pour satisfaire ses besoins (1), il fait alors l'expérience de sa toute puissance. Entre 2-3 ans et 8-9 ans, l'enfant échafaude des stratégies pour asseoir sa volonté. La prise de pouvoir est progressive mais inéluctable si l'enfant ne rencontre pas de résistances.
((1) Une société entièrement basée sur la satisfaction du moi et de ses besions, est donc bien une société régressive infantile, conformément à la thèse que je défends. L'infantilisation des foules est du coup une nécessité du système, qui ne fonctionne que par un niveau élevé de consommation. La consommation est-elle la cause de l'infantilisation, ou bien l'infantilisation est-elle la cause de la consommation, seules des recherches sérieuses et sans tabou, pourraient donner des pistes. Cependant en l'état actuel des choses, il faut reconnaître que seule la pensée religieuse, a toujours eu une méfiance absolue à l'égard de la confusion des sexes, tout en se gardant d'ailleurs, de trop angéliser les enfants...)
Enfant tyran, le coup d'Etat permanent
"L'enfant tyran ne se définit pas par la gravité de ses actes, mais par la multitude de petits acquis quotidiens au détriment de l'autorité de l'adulte" assure Didier Pleux. Les parents capitulent et deviennent des "collaborateurs" croyant acheter ainsi acheter une paix précaire au prix de renoncements successifs. Ils mettent en place des stratégies d'évitement et ne s'aventurent plus à demander quoique ce soit à leur enfant à moins d'être certain de la réponse. De l'enfant gâté à l'enfant roi, et de l'enfant roi à l'enfant tyran les étapes se franchissent très rapidement et chaque renonciation de la part des parents ne fait que préparer le terrain pour un nouvel abandon.
Tout l'art du tyran en herbe consiste à se présenter comme une victime, à provoquer les adultes et installer une ambiance pesante et stressante. Face aux personnes extérieures à la famille, les parents cherchent à l'excuser en vantant la maturité de leur enfant et son tempérament bien trempé, un atout dans un monde qui ne fait pas de cadeau.
A ce jeu tout le monde est perdant. L'équilibre familial risque d'en subir les conséquences, les frères et soeurs acceptant mal cette inégalité de traitement et le couple souffrant de contradictions qui peuvent naître entre conjoints. Quant à l'enfant, il reste perpétuellement insatisfait (*).
(*) caractéristique aussi du consommateur adulte. Il est intéressant de constater que la science économique définit les besoins commes infinis. On a du mal à concevoir des besoins matériels infinis, à moins que ne se cache derrière cette définition, un besoin "symbolique"... Je ne fais qu'une extrapolation de la loi de Engel!
Réagir est-il possible ?
Le problème ne réside pas dans le comportement de l'enfant, mais dans l'absence de réactions des parents et leur tendance à "psychologiser". A trop vouloir trouver des explications à tout (2), là où le bon sens suffirait parfois à remettre les pendules à l'heure. Ils doivent réapprendre à faire respecter leur autorité (3). Pas question de prôner le retour aux bonnes vieilles méthodes d'antan et de manier la trique et le martinet ! Il s'agit de répondre de façon circonstanciée et sans attendre l'exaspération qui pourrait naître et s'exprimer dans la violence.
Il ne sert à rien de s'épuiser à argumenter sans fin, l'enfant tyran s'habitue aux mots (4). De même, il est inutile de lui demander de se mettre à votre place. C'est précisément le dysfonctionnement premier de l'enfant tyran : son incapacité à se décentrer devant la demande de plaisir immédiat(5). L'amour ne fait pas tout. L'éducation doit instiller une dose de frustration pour équilibrer cet amour sans fin (6).
Commencez par exiger le respect des horaires des repas, fixez une heure du coucher et établissez des "contrats" pour sa participation à taches ménagères quotidiennes, ses études et ses loisirs. Les contraintes d'aujourd'hui diminuent les frustrations à moyen terme. L'amour en sortira grandit…
Ce texte est tiré, d'un texte de l'auteur sur les enfants. Les notes sont des réflexions extérieures engendrées par le texte.
( (2) On se demande si l'auteur fait allusion à une des premières fausses pistes de la pédagogie actuelle, qui est usuellement baptisée de pédagogisme pour cette raison.
(3) La carence est ici cernée, mais sans base conceptuelle.
(4) En faisant une analogie avec le monde des adultes, c'est ici un des grands maux de notre époque, et parallèlement une des forces de l'économie marchande qui a besoin de l'habitude pour renouveler la demande.
(5) Le complément d'objet direct semble, ici sorti directement, d'un livre de marketing.
(6) On obtient souvent les choses par leur contraire, ce que le pédagogisme moderne semble avoir oublier... mais que la publicité, elle, utilise souvent à notre insu.)
"Enfants-rois, plus jamais ça" de Christiane Olivier, Editions Albin Michel, 2002,
"De l'enfant roi à l'enfant tyran" de Didier Pleux, Editions Odile Jacob, 2002,