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Nom du blog :
pedagogisme
Description du blog :
Pédagogisme et société.
Catégorie :
Blog Société
Date de création :
29.09.2007
Dernière mise à jour :
26.06.2008
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Les raisons de l'impossibilité d'enseigner.

Les raisons de l'impossibilité d'enseigner.

Posté le 18.01.2008 par pedagogisme
La destruction de l’école républicaine: primauté du marché scolaire

Les raisons de l'impossibilité d'enseigner.

Beaucoup de livres s’interrogent sur le sens des mutations dont l’école, réforme sur réforme, est l’objet (la victime) en France. Dans toute cette littérature intéressons nous à trois ouvrages assez remarquables : " La Gestion des stocks lycéens* ", par Gilbert Molinier, " Lécole désoeuvrée* " par Laurent Jaffro et Jean-Baptiste Rauzy, et " L’enseignement de l’ignorance et ses conditions modernes * " par Jean-Claude Michéa. Tous trois, écrits par des professeurs de philosophie, se révèlent aussi lucides que pessimistes.

Commençons par le livre de Gilbert Molinier ? Qu’est-ce qui a été changé dans l’école républicaine pour qu’il soit devenu " impossible d’enseigner " ? Réponse : la combinaison du pédagogisme et de la gestion managériale des élèves et professeurs. Cette impossibilité est le produit de la volonté d’une certaine " secte " favorisée par le pouvoir –l’école, a très bien dit Liliane Lurçat, n’est plus " l’école de la République, mais celle des sciences de l’éducation " ! Doctrine officielle, le pédagogisme issu de ces sciences de l’éducation est une idéologie sectaire anti-intellectuelle qui organise " une destruction massive des intelligences " en évidant le sens et le contenu des disciplines et en substituant les compétences aux savoirs. Les conséquences en sont désastreuses : destructuration des corps et de la pensée, dévalorisation du raisonnement au profit du bavardage soumis aux affects immédiat. L’école est entrée dans l’âge du management : au service de l’entreprise, elle fonctionne désormais comme une entreprise. Derrière la dictature du pédagogisme se cache " une folle tentative de maîtrise gestionnaire de la jeunesse " dont le but est double : détruire " les jeunes générations en les coupant de l’héritage républicain " et fabriquer un nouveau type d’homme, flexible, ignorant tout en étant diplômé, conforme, déshumanisé.
L’ouvrage signé Laurent Jaffro et Jean-Baptiste Rauzy frappe par son implacable rigueur intellectuelle. Les livres ont été expulsées de l’école –d’où le titre " L’école désœuvrée ". Les auteurs analysent avec minutie les origines et les fondements idéologiques de cette pédagogisation de l’école dont la caractéristique principale est d’empêcher la transmission. Le pédagogisme provoque " la perte des savoirs élémentaires " et le puérocentrisme irresponsable qu’il propage finit par avoir " des effets sur les conditions générales de l’enfance ". Jaffro et Rauzy s’en prennent avec pertinence à quelques unes des vaches sacrées des nouveaux réformateurs de l’école : les pédagogies du contrat et du projet personnel qui veulent " à toute force faire entrer les enfants dans une vaste machinerie de l’échange ", la démocratie à l’intérieur de l’école qui détruit la symétrie entre le maître et l’élève, la recherche aussi fanatique que cultuelle de l’hétérogène destinée à détruire la leçon magistrale et faire exploser le groupe classe, la substitution de la " culture commune " (selon les mots de la " novlangue " de Philippe Mérieu) à la " culture générale " accusée d’être (comme les livres qui sont du même coup éliminées de l’école) " élitiste ". La " transposition didactique " chère au pédagogisme transforme et dénature les savoirs : elle disjoint " savoir savant" et " savoir scolaire " (alors que l’école républicaine reposait sur leur continuité) faisant disparaître l’instruction au profit de l’information. Niant implicitement qu’apprendre soit comprendre, persuadée que le savoir scolaire est d’une autre essence que le savoir savant, la didactique dénature les savoirs et empêche à jamais l’élève de pénétrer dans le processus d’engendrement de ces savoirs, le condamnant à se nourrir d’informations. Quant au métier de professeur, il est détruit : il devient une " fonction de la société civile ". L’objectif de tout cet ensemble de réformes est d’introduire, par le biais du pédagogisme, le modèle de l'entreprise dans l’école (contre la fonction la plus haute de l’école : transmettre la culture), de soumettre l’école (et les enfants) au mythe de l’entreprise (édifié sur le cadavre de la culture).
Ce n’est point à faux titres qu’Alain Finkielkraut a pu qualifier de " très beau " le livre de Jean-Claude Michéa. Nous sommes dans un temps de " déclin régulier de l’intelligence critique " favorisé par les réformes scolaires d’inspiration pédagogiste qui se proposent d enseigner l’ignorance. Les moyens utilisés pour cet enseignement du XXIème siècle : " la dissolution de la logique ", l’élimination du sens commun, la transformation de l’enseignant en ordinateur, ou en animateur, en pseudo psychologue et en pseudo assistante-sociale, la mutation de l’école en lieu de vie démocratique et joyeux (les écoles devenant de " grands parcs d’attraction scolaire "). En effet, les progrès de l’ignorance (qui peuvent aller avec le développement de compétences pointues) sont nécessaires à l’expansion de la société moderne qui cherche à réaliser dans son intégralité l’utopie économiste ; or cette utopie est mortifère, anthropologiquement et socialement, destructrice. On comprend alors que la crise de l’école républicaine est liée à " l’ère de la destruction des villes en temps de paix " qui signale le triomphe de l’économisme sur tout ce qui lui résiste. Dans une pareille époque de décombres l’école est -avec laide en son sein même des fanatiques du pédagogisme- détruite par lorganisation mondiale du divertissement dont la jeunesse est la cible principale : c’est " l’école du Capitalisme total ". La question n’est plus " quel monde allons-nous laisser à nos enfants ? " mais " quels enfants allons nous laisser au monde ? ". Dune sombre lucidité, écrit avec une souveraineté sans compromis, le bref essai de Michéa zèbre d’un éclair noir le contemporain crépuscule de l’école.
Malgré tout -dernier havre d’humanité dans un univers livré à l’économie- l’école semble rétive à la greffe pédagogiste et managériale. L’école -les livres cités dans cette chronique, tous écrits par des professeurs, tous philosophes, en sont la vivante preuve- fait de la résistance, signe qu’il lui reste encore un peu de bonne santé. Dans un climat de destruction de l’école en temps de paix, c’est à dire en temps de victoire de l’économie comme guerre, en temps de la dévoration de l’école par le mythe de l’entreprise, ces livres et ces professeurs (tous animés par un esprit à la Jean Cavaillès) sont des appels à dire non, des alarmes aptes à renforcer cette digne résistance qui se fait jour dans beaucoup d’établissements scolaires de France.
* Gilbert Molinier, " La Gestion des stocks lycéens ", LHarmattan, Paris 1999, 226 pages, 120,00 FF.
* Laurent Jaffro et Jean-Baptiste Rauzy, " Lécole désoeuvrée ", Flammarion, Paris 1999, 267 pages, 80,00 FF.
* Jean-Claude Michéa, " Lenseignement de lignorance et ses conditions modernes ", Climats, Castelnau-le-Lez (34410, France) 1999, 70,00 FF.

Article publié dans un quotidien luxembourgeois par un professeur (agrégé) d'un lycée français.




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