La crise de l'autorité
La crise de l’autorité dont souffre notre époque n’a pas abouti à supprimer toute autorité, mais à son transfert : on est passé de l’autorité de l’adulte à l’autorité de la tribu ; de l’autorité du professeur à celle du groupe, de la bande de jeunes. La tranche d'âge des 13-15 ans, souffre particulièrement de ce transfert.
L’école actuelle a oublié sa mission qui est de lutter contre l’ignorance, et elle a préféré mettre au centre de ses préoccupations la lutte contre l’échec scolaire. C’est une erreur magistrale qui ne veut pas considérer la cause. Lorsque tout le monde est en échec, en fait, plus personne n’est en échec. Et c’est ce qui se passe. L’école a fabriqué l’échec de toutes pièces, certes involontairement, mais pas moins obstinément : en contestant l’autorité du maître et du savoir, en promouvant le discours compassionnel des pédagogies élastiques,
en mettant l’élève au centre, en infantilisant l’ambiance, elle a permis à l’esprit tribal d’occuper la place laissée vide. La tribu, la bande d’élèves, valorise l’échec au point de se moquer de celui qui tente de s’en sortir en travaillant en classe, et qui s’efforce d’être bon élève. Le bon élève, comme l’effort, est mal vu. Tout ce qu’un groupe valorise, il le transforme en modèle à imiter. C’est dans cette rivalité mimétique que s’origine la violence scolaire. Suivre en classe, c’est s’exposer à être soupçonné de vouloir réussir. La tribu stigmatise l’effort au point qu’il est dangereux d’être premier de classe. S’il entend faire partie du groupe qui seul fait autorité, l’élève a intérêt à revendiquer l’échec scolaire comme signe d’appartenance. Processus d’indifférenciation.
De plus, le discrédit jeté sur l’autorité de l’adulte et du savoir, lié à la stigmatisation du travail scolaire par les élèves eux-mêmes, a désaxé la notion même de culture : on est passé de la culture de l’écrit à la culture de la technologie.
La seule culture valorisée est celle qui s’inscrit dans les innovations technologiques : MP3, téléphones mobiles, lecteurs DVD, etc. C’est l’autorité de la marque qui prime.
La concurrence ne porte plus sur l’acquisition de savoirs mais sur l’acquisition d’objets reconnaissables qui valorisent, au sein du groupe, celui qui le possède.
Pour lutter contre l’échec, le leitmotiv des fossoyeurs scolaires est d’adapter l’école au monde. Il faut « évoluer », ne pas figer les choses, disent-ils, ni vouloir revenir à une école ancienne. Fort bien ! Continuons dans ce bougisme et nous finirons par détruire tous les savoirs structurés et adultes, qui ont fait autorité.